La faim du bobo

BILLET_Cuisine_Fbrg

Le dernier guide du Fooding vient de sortir. Quinze ans déjà. Comme le temps passe. L’occasion de découvrir les bonnes et modernes adresses de France et de Navarre. L’occasion, aussi, d’assister à la naissance de nouveaux concepts. Car désormais, pas de cuisine sans concept. Après la « Bistronomie » et les « caves à manger », place, cette année, à la « cuisine faubourgeoise ».

Le concept n’est pas évident à saisir spontanément. Une cuisine des faubourgs ? Mais qu’est-ce donc qu’un faubourg aujourd’hui ? Une banlieue proche ? Non, plutôt un mot « populo-rétro » choisi pour nous remettre en mémoire les faubourgs de Paris (Montmartre, Poissonnière, Saint Denis, Saint Martin, Saint Antoine) qui virent éclore des établissements porte-parole d’une cuisine bistrotière. A en croire l’animateur en chef du réseau Fooding, la cuisine faubourgeoise signerait la fin des restaurants bobos et de leur cohorte de clichés.

L’idée serait de mettre à l’honneur les restaurants qui osent, que cela se traduise par une façon de préparer un plat, de monter un établissement ou de choisir un quartier. Le faubourgeois est un bobo, certes, mais qui « tombe le dress code » et « divorce du cynisme pour épouser son époque » nous affirme l’édito du guide qui en appelle à une cuisine « régalante, inclassable et rupturiste ». Jamais on aurait pu imaginer, poursuit-il, à quelle vitesse le mouvement bobo se figerait dans un « format » aussi reproductible et sans surprises. Conséquence ? Il y a urgence à en sortir.

« On se déclasse, on déclasse. On cherche d’autres voies. On n’abdique pas. On quitte son bourg pour les faubourgs. On bénit la diversité, l’autre, son contraire. On désystématise, contre-propose, fait bouger les règles du jeu ». Dans le mouvement Fooding, les mots contribuent à l’ivresse aussi sûrement que les meilleurs vins… Il n’y a donc pas de codes « faubourgeois ». Ouf ! Cette fois-ci, on sera peut-être à l’abri des stéréotypes. Qui pourrait d’ailleurs trouver à redire à ce désir de retour à plus de vérité, d’ouverture et de générosité ? Ceux qui lisent l’état de la France à partir de celui de son assiette ont de quoi se réjouir. La nouvelle année s’annonce sous les meilleurs auspices.

Continue Reading

Time is not only money

151209_BILLET

Expo Warhol ou Picasso, nouveau food truck, sortie du dernier Iphone ou du dernier Star Wars… les occasions de faire la queue ne manquent pas et, à en croire certaines études, 30% des clients auraient déjà renoncé à un achat à cause de l’attente. Le sujet intéresse de plus en plus scientifiques, marques et institutions. Conséquence ? Chacun y va de sa petite idée pour faire oublier le temps

Pour transformer la file d’attente en moment de plaisir, la Ville de Grenoble, avec la société Short Edition, propose ainsi à ses citoyens des distributeurs de petites histoires dans des lieux publics, calibrées en version 1, 3 ou 5 minutes. Sont imprimés des poèmes, nouvelles et autres BD issus de plus de 5 000 auteurs. Aux Etats-Unis, Starbucks a développé son « No Time No Line », un service de commande via smartphone imaginé pour désencombrer ses magasins. En France, l’année dernière, Burger King proposait un jeu mobile téléchargeable qui permettait aux plus habiles de ses clients de ne plus faire la queue : s’ils atteignaient un certain score, ils recevaient un «fast pass» valable 15 minutes leur permettant de passer devant les autres… Plus simple, il existe aussi, désormais, des applications qui répertorient les heures creuses des grandes bibliothèques ou des musées…

Les marques se sont longtemps installées dans le confort et le positif : comment rendre « les gens » plus heureux, plus malins, plus modernes… Puis, elles se sont prises à vouloir agir pour l’ailleurs ou pour l’autre, à travers diverses opérations caritatives ou environnementales. Il leur restait un champ entier à explorer : venir en aide à leurs propres clients lorsqu’ils se trouvent chez elles. Facilité d’accès au magasin, reconnaissance, réduction des temps d’attente aux caisses, mais aussi information et repérage, les champs d’action ne manquent pas.

Il ne s’agit plus, ici, de chercher à simplifier leur vie (argument trop entendu), mais à la fluidifier. Les nouvelles technologies sont leurs alliées dans ce combat. Toujours envisagées par les marques comme de potentiels moyens de paiement ou de nouvelles sources de connaissance des habitudes de leur clientèle, elles peuvent aussi leur permettre de renforcer leur lien de complicité avec leurs consommateurs. 

Continue Reading

Esprit Maison

BILLET_MAISON

Ici, c’est la Maison Lejaby qui ouvre son premier magasin de lingerie à Lyon. Là, c’est la Maison Plisson qui propose son épicerie choisie et responsable à destination de sa clientèle bobo et de passage. Un peu plus loin, c’est Maison Père, Maison Labiche et Maison Standards, toutes trois spécialisées dans le vêtement urbain contemporain. La mode de la Maison est lancée et il y a fort à parier que la coupe va vite se remplir… Il est loin le temps où seules les « maisons de couture » usaient de cette appellation… Mais pourquoi donc tant de « maisons » en ville ?

Sans doute parce qu’elles « convoquent de nouveaux imaginaires » comme aiment à le répéter les spécialistes du marketing. Dans le monde des entreprises, les start-ups sont venues bouleverser les codes et les habitudes avec leurs babyfoots, leurs cantines bio et leurs coussins de couleur posés à même le sol. Aujourd’hui, elles sont une source d’inspiration pour toutes les entreprises conscientes d’une nécessité de se réinventer pour toucher de nouvelles populations.

Les « Maisons » sont au commerce traditionnel ce que les start-ups furent au monde de l’entreprise. Une manière de réinitialiser l’existant. De montrer que quelque chose se passe. Maison signifie « origine française » et authenticité. Maison appelle le savoir-faire, la tradition, l’artisanat. Le mot renvoie à l’histoire, au métier, au patrimoine. Maison signifie attention. Attention portée à son offre comme à sa relation avec ses clients. Maison induit « l’entre soi ». Des commerçants impliqués personnellement dans leur activité et une clientèle qui s’envisage comme une communauté. La confidentialité n’est pas loin… Maison a tout bon.

Son apparition est la preuve que les relations entre consommateurs et enseignes sont en train d’évoluer. Que le commerce cesse d’être exclusivement envisagé comme la répétition à l’identique d’un modèle. La même offre un peu partout, ici ou ailleurs. Qui pourrait être contre ?

Continue Reading