Fnacathlon

Fnacathlon

Il y a quelques semaines, le magasin Fnac de la rue de Rennes accueillait en son sein un magasin Uniqlo, déroutant certainement ceux qui avaient l’habitude de fréquenter son sous-sol pour y trouver des disques. Aujourd’hui, l’enseigne culturelle frappe à nouveau fort en annonçant qu’elle allait entrer sur le terrain du sport. Pour présenter la lecture comme un sport culturel ? Non. L’ambition est bien plus terrestre puisque la Fnac vient d’ouvrir son site internet aux marques de matériel sportif.

Des produits techniques haut de gamme urbains comme des trottinettes électriques, des gyroroues et des longboards. Mais aussi, des snowboards, des skis, des raquettes de tennis, des vélos de toutes sortes. Ou encore du matériel de fitness et de musculation. Pas moins de 120.000 références sont annoncées. Pas de vêtements, mais pour combien de temps ? Une offre qui s’inscrit dans la continuité de ses bracelets connectés, aspirateurs et autres machines à café de luxe… Voilà donc la Fnac en concurrence frontale avec Decathlon. C’est peu dire que le commerce est, en ce début de siècle, en pleine réinvention…

Pendant longtemps, les libraires et autres vendeurs d’articles culturels se disaient qu’il fallait sortir leur offre de leur magasin pour maintenir leur attractivité. Autrement dit, mettre des livres à côté du matériel de camping et des produits alimentaires, ou bien être présent lors d’événements culturels. Avec son initiative, la Fnac vient nous prouver que prendre le chemin inverse est aussi possible : faire venir les loisirs de toutes sortes aux produits culturels. C’est la question de la définition de la culture que pose ici l’enseigne. Ne plus la limiter aux seuls livres et disques, mais l’ouvrir à tout ce qui peut susciter un intérêt. Ne plus raisonner en silos d’émetteurs, mais leur préférer les organisations mentales des consommateurs.

Qu’ont-ils envie de faire durant leur temps libre ? Lire, écouter de la musique ou faire du skate ou du yoga ? L’important n’est pas l’activité, mais l’envie. Cette extension d’offre de la Fnac vient finalement nous renseigner sur la véritable force d’une enseigne : pas seulement une offre et des clients fidèles, mais aussi une puissance d’attractivité dans le monde virtuel. Sans le trafic de son site, comment la Fnac pourrait-elle faire de celui-ci une place de marché attractive pour des marques pour qui elle se contente d’être un intermédiaire ?

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La campagne à la ville

La campagne à la ville

Le salon de l’Agriculture vient de fermer ses portes et le public (beaucoup moins nombreux que les autres années…) n’aura retenu que des agriculteurs en colère. Il n’y avait pourtant pas que ça. Le salon de l’agriculture est aussi le lieu du dialogue entre la ville et la campagne. Sur le stand de La Ruche qui dit Oui, ce qui n’est pas un hasard, la start-up Agricool (un nom formidable) présentait ainsi son innovation « food-tech » : une fraise « écolo, non saisonnière et pleine de saveur » cultivée… en container… Une installation peu gourmande en eau et facile à installer en ville.

La fraise est le fruit préféré des Français, mais elle est aussi massivement importée, principalement d’Espagne. Le signe d’un certain malaise car, pour fournir des produits de qualité capables de supporter le transport, il est nécessaire d’utiliser des pesticides qui nuisent à la saveur, à la santé et à l’environnement… Le secret pour retrouver des fruits et légumes de qualité est donc de supprimer le transport en faisant pousser les plantes sur les lieux de consommation. D’où l’idée d’un container qui va permettre d’être beaucoup plus productif qu’une culture en terre en réunissant les conditions les plus favorables à la culture de fraises. 

Température contrôlée, hygrométrie stable, air filtré pour empêcher la pollution des villes et l’intrusion de bactéries, spectre de lumière adapté grâce à des LEDs basse consommation, tout a été pensé pour optimiser les conditions de culture. Pour compléter cette installation qui veut reproduire ce que la nature avait initialement prévu, des insectes pollinisateurs sont même introduits, comme les bourdons et les coccinelles. Le container permet de récolter 7 tonnes de fraises sur un an et 60 barquettes de 250 grammes par jour, au prix consommateur de 3 euros les 250g.

L’objectif d’Agricool est d’installer 10 containers à Paris fin 2016 et une centaine en 2017. Des tests sont menés actuellement sur des salades et des tomates. La semaine dernière, la presse annonçait que le BHV allait installer un jardin de 1400 mètres carrés sur son toit pour produire fleurs, fruits, légumes et aromates. Le mythe de la campagne à la ville n’est pas prêt de disparaître. Voilà le Printemps !

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Transgenre

Transgenre

L’affaire est entendue, c’est le règne de la confusion des genres. Et pas seulement des genres sexuels. Aussi des genres alimentaires. Sucré et salé, orient et occident ont été les premiers à faire bouger les lignes et à s’inspirer les uns des autres pour imaginer de nouvelles propositions toujours d’actualité. Aujourd’hui, plus subtile encore, c’est la frontière entre liquide et solide qui s’entrouvre.

Ici, ce sont des cocktails qui se présentent comme des recettes liquides. Car « Ispahan », tarte au citron meringuée, macaron caramel ou cupcake peuvent désormais, aussi, se boire. Bienvenue dans le monde des « foodtails ». Là, ce sont des boissons qui se prennent pour des repas liquides. Certaines, même, avec des promesses cosmétiques. Des repas liquides de beauté et de santé. Dire « détox » et non « régime » ou « diète » car on ne se prive de rien : on fait le plein de vitamines et de nutriments.

Cette vague de jus pressés à froid vient des Etats-Unis (pourrait-elle venir d’ailleurs ?) où le chou agrémenté de gingembre serait sur le point de détrôner le café latte  à en croire les gazettes féminines qui se font le relais du mouvement. Ces jus, qui permettraient à chacun d’assurer sa ration quotidienne de fruits et de légumes en quelques gorgées portent souvent des numéros ou des codes… Un gage de « scientificité »

Certains ne manqueront pas de s’inquiéter de cette société qui ne mâche plus que des mots et finit par tout avaler sans efforts. Un peu comme dans les hôpitaux ou les maisons de retraite. Ou encore de cette course épuisante et permanente à la nouveauté qui a parfois des accents de fuite en avant. Mais si cette nouvelle génération de jus rencontre aujourd’hui le succès, n’est-ce pas parce qu’elle incarne la parfaite équation marketing du moment ? Une technologie (extraction à froid), un rite (une consommation sous forme de cure) et une promesse de transformation de soi (teint, ventre plat, énergie retrouvée, pouvoir drainant…). La religion revisitée par la technologie.

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Marque-people

Marque-people

Une fois n’est pas coutume, abordons ici un livre qui vient de sortir. Pas un livre de philo ou de psychanalyse. Bien trop éloigné de nos préoccupations hebdomadaires (encore que…), mais un livre sur les people. Comment pourrait-on aujourd’hui prétendre raconter le marketing sans aborder la question des people ? Un sociologue/chroniqueur d’une radio de service public vient de produire un essai sur la question en inventoriant leurs différentes facettes, et donc leurs différentes fonctions. «La Souveraineté des people », tel est son titre.

Sa thèse est que lorsque nous nous passionnons pour eux, nous ne faisons pas que satisfaire un voyeurisme malsain (bonne nouvelle), nous communions tous ensemble dans une valeur devenue centrale, la célébrité, dont la principale vertu est de nous faire oublier le travail, l’altruisme ou la spiritualité. La célébrité serait ainsi devenue la seule vraie religion de notre temps.

En tant que modèle, le people peut nous montrer la voie de la perfection (par son obsession de l’esthétique et de la mise en scène de lui-même), nous aider à prendre conscience de certains travers de notre société (c’est sa fonction « Robin des bois ») ou nous coacher (par des conseils en tous genres puisés dans sa propre expérience). Voilà pour l’essentiel de ses missions. Certains accèdent à la position très enviable d’être « de droit divin » (auréolés d’une gloire quasi-mythologique, il leur suffit d’être) alors que d’autres n’existent que pour susciter polémiques, scandales et divisions (leur fonction est de provoquer le débat). Dans les deux cas, une belle manière d’exister sur les réseaux sociaux….

Faire un parallèle avec les marques est évidemment très tentant… Elles aussi ont pour ambition de nous faire oublier le quotidien, de nous faire rêver, de nous donner l’illusion d’accéder à un autre monde ou encore de modifier l’image que nous avons de nous-mêmes. Elles sont également capables de nous rendre perfectionnistes, de nous aider à dénoncer ce qui ne va pas dans notre société et de nous coacher. Elles ne s’en privent d’ailleurs pas. Certaines accèdent, elles aussi, au statut de droit divin alors que d’autres n’existent que pour diviser…

Si peu de marques exercent la même fascination que les people, chacune d’elles ne devrait-elle pas se donner pour objectif de construire avec ses clients une relation semblable à celle que ceux-ci entretiennent avec les people ?

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