Home Chamanisme

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Il paraît qu’à New York, l’ultime tendance du moment (du mois ?) consiste à faire brûler chez soi des fagotins de sauge (de cèdre, de romarin, d’armoise et d’autres encore) entortillés de ficelle de coton. De nombreux concept-stores déco en proposent et des sites de do-it-yourself se chargent d’indiquer la voie à suivre pour les réaliser. Il ne s’agit pas là de parfumer des tiroirs ou des armoires, mais plutôt d’effectuer un « rituel ancestral de purification » couramment pratiqué par les tribus Amérindiennes. Une fois le fagotin allumé, ne reste plus qu’à le promener dans les différentes pièces pour en disperser la fumée. Comme un enfant de chœur le ferait dans une église… Ne pas oublier d’ouvrir les fenêtres pour que les mauvaises vibrations puissent s’échapper.

Les experts marketing parlent de « smudge sticks » (bâtons de fumigation). Le smudging est recommandé au moment des emménagements, mais aussi en cas de crise d’angoisse ou de toute autre contrariété. Que faut-il retenir de cette nouvelle tocade « new-age » ? Tout d’abord que la maison tend à devenir un temple. Le temple de la famille et de la solidarité émotionnelle, le temple de la protection contre le monde et ses cruautés, le temple de la beauté que l’on organise et que l’on maîtrise. Un sanctuaire.

Emerge aussi l’idée que son environnement le plus proche a une influence sur son humeur. En prendre soin, c’est prendre soin de soi. Le purifier, c’est se purifier. Ce marché, que l’on pourrait qualifier de « cosmétique de la maison », encore très peu exploité, à l’exception notable de la marque Rituals, offre pourtant de nombreuses nouvelles opportunités de discours. Tout d’abord, d’aller au-delà de la seule promesse de senteur dont toutes les facettes ont été déjà exploitées. Mais aussi, d’imaginer de nouveaux rituels associés à des gestes qui pourront permettre d’augmenter la promesse de leurs produits. Une nouvelle manière de donner aux consommateurs le sentiment d’être acteur de sa consommation. De son comportement dépend ainsi l’efficacité du produit.

Il suffit de constater la prolifération des tutoriels de beauté sur les réseaux sociaux pour finir de se convaincre du potentiel des rituels dédiés à la maison

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En résidence

En résidence

En ce moment, au pays du Fooding, la mode consiste à inviter des chefs « en résidence ». L’inspiration vient du milieu de la nuit et de sa peuplade de DJ. Faire venir dans son restaurant, le temps d’une soirée, de quelques jours ou d’une carte, un chef et de lui demander d’interpréter sa propre offre, voilà l’idée. La Maison Burger a ainsi accueilli dans ses établissements deux chefs plutôt habitués à travailler la blanquette ou les poissons et leur a demandé d’imaginer trois recettes inédites de burgers. D’autres posent leurs casseroles dans des chambres d’hôtes ou des hôtels comme Guy Savoy qui s’incruste pour une saison dans tous les hôtels Mama Shelter. A la pizzeria Faggio, dans le 9ème arrondissement, un dimanche par mois, un chef prend les manettes du four à bois. L’information est communiquée sur la page Facebook de l’établissement et sur Instagram.

Original et légèrement décalé, le principe de la « résidence » pourrait facilement être envisagé comme une piste d’inspiration pour les marques. Il n’est, tout d’abord, pas exactement comparable à celui du « partenariat ». Ici « la puissance invitante » ne se soumet pas aux désirs de celui qu’elle sollicite, mais « l’oblige » à s’installer dans son éco-système. Le créateur est mis au service d’un établissement qui, ce faisant, répond autant au désir d’étonnement de ses clients (nouvelle exigence marketing) qu’à son impératif d’apparaitre sans cesse sous de nouvelles facettes. Un peu comme si, désormais, une identité devait s’envisager comme quelque chose de vivant qui s’enrichit de la valeur des autres et non plus comme quelque chose d’unique et de précieux à protéger des influences extérieures.

Inviter des talents à sa table est aussi une manière de créer de la rareté et donc, de la désirabilité. C’est ici et maintenant et pas ailleurs, demain ou la semaine prochaine. Tant pis pour ceux qui n’y seront pas. Ils pourront toujours le regretter en regardant l’événement sur les réseaux sociaux… Proposer une expérience inédite n’est-ce pas finalement provoquer la rencontre de deux mondes ? Aller chercher de l’inspiration ailleurs pour enrichir ici et, ainsi, réveiller ce qui est devenu invisible à force d’être familier. La nouvelle géographie de l’innovation marketing.

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Emballage zéro

Emballage zéro

Alors que les sacs en plastique s’apprêtent à disparaître de notre quotidien marchand et que les préoccupations environnementales gagnent chaque jour un peu plus de part d’esprit, les marques sont aujourd’hui nombreuses à se poser la question de l’emballage de leurs produits. Les initiatives fusent de partout. Evian vient nous proposer un système permettant de relier ses bouteilles sans sur-emballage. Wattwiller, elle, mise sur un film de regroupement 100% recyclé. Ailleurs, ce sont des « perles d’eau » imaginées par Ooho comestibles, emballées dans des algues gélatineuses. Ou encore, une bouteille entièrement biodégradable obtenue à partir de la poudre d’agar, une substance créée à partir d’algues, mélangée à de l’eau. Tant qu’elles sont remplies d’eau, ces bouteilles gardent leur forme, mais dès qu’elles sont vides, elles commencent à se décomposer. Aucun produit chimique n’entre en jeu et il est même possible de grignoter un bout de bouteille pour ceux qui en apprécieraient le goût… Quant à Ikea, elle a récemment annoncé s’intéresser de près aux emballages conçus à partir de champignons…

Plus qu’un effet de mode, ces propositions reflètent l’état d’esprit actuel des marques. Après des années de « fast consommation » où les nouveautés s’enchaînaient sans intention de s’incruster sur les linéaires, voici le temps de la « consommation responsable » où chaque nouvelle offre s’accompagne d’un discours holistique allant de la traçabilité aux bienfaits nutritionnels, en passant par la responsabilité écologique. Les marques courent désormais après un rôle social et une bonne conscience. On comprend pourquoi sortir un nouveau produit prend tant de temps.

Dans ce nouveau contexte, les emballages ont une valeur ultra symbolique. Signe de l’empathie des marques pour les préoccupations de leurs consommateurs, de leur capacité à innover autant que de leur engagement citoyen, la génération de packagings éco-responsables contribue aussi à l’émergence d’un nouvel imaginaire de marque. Un imaginaire où la consommation ne serait plus synonyme d’accumulation, mais de disparition. Un imaginaire où la capacité du contenant à ne laisser aucune trace dans l’environnement deviendrait finalement aussi importante que le contenu proposé. La marque citoyenne est d’abord une marque discrète.

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Morning Live

Morning Live

Longtemps je me suis couché de bonne heure affirmait Proust. Il n’est pas interdit de penser qu’aujourd’hui, il préférerait se lever tôt. Là réside en effet l’ultime snobisme. Pour preuve, le succès du livre «  The Miracle Morning » venu des Etats-Unis, qui fait, depuis, des émules en France et un peu partout. Le site My Morning Routine ou encore le livre « Tout se joue avant le petit-déj ‘» sont là pour en témoigner. Après tout, pourquoi pas.

Jogging, marche ou yoga pour les uns. Lecture ou méditation pour les autres. Le matin est d’abord un rendez-vous avec soi-même. Personne ne trouvera à redire à cette idée tant elle est portée par le vieux proverbe qui affirme que « l’avenir appartient… ». Question moment de la journée, le marketing est d’ailleurs passé maître en la matière.

Il y a tout d’abord eu « le monde de la night », ses fantasmes de rencontres et de brassage, son sentiment du « tout est possible », finalement un peu fatiguant. Puis, plus raisonnable, le moment béni de la « soirée ». Comprenez une fin de journée qui commencerait par un « after-work » en terrasse ou sur un « roof top », suivi par un passage rapide à un food-truck avant de s’achever confortablement dans un bar à cocktails. Un rêve de trentenaire urbain. Evoquons aussi la ritualisation des dimanches matins avec le brunch comme nouvelle messe, voire, pour les plus pointus, la conceptualisation des dimanches soirs sous les termes restés très confidentiels de « slunch » (supper + lunch) ou de « petits déjeuners du soir » aux contours aujourd’hui encore assez flous.

Certains verront dans cet engouement pour le « morning » la confirmation d’une volonté croissante d’optimisation de sa vie qui pourrait finir par devenir totalement obsessionnelle. Optimisation de ses « performances », mesurées par des applications de toutes sortes, comme des différents moments de sa journée qu’il faudrait impérativement maîtriser. D’autres sauront y détecter la conséquence d’une quête de temps pour soi face à des journées toujours trop pleines. Les plus malins s’empareront de ce mouvement pour imaginer de nouvelles offres. Des boissons qui permettent de se réveiller en pleine conscience. Des aliments à diffusion lente pour assurer sa longue matinée. Des réveil-malins… Place à l’imagination !

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Choix émotionnel

Choix émotionnel

A Paris, à la parfumerie Nose, avant de se décider, chaque client est soumis à un questionnaire semblable à ceux que l’on rencontre dans les magazines féminins. Plus question, ici, de se contenter de lui demander de quelle « famille » olfactive il se sent proche (hespéridé, chypré, boisé…), pas toujours claire à identifier et « enfermante », mais de lui poser des questions du genre « Quel est votre passe-temps favori ?», « Etes-vous plutôt sucré ou salé ? » ou encore « Quels sont les trois derniers parfums que vous avez portés par ordre chronologique ? ». La base de données de l’enseigne se charge de récupérer les notes communes, d’établir un « profil » et de recommander cinq jus parmi les 450 du catalogue (une cinquantaine de marques) qu’elle distribue.

Au Royaume-Uni, pour le lancement de son modèle SUV Bentayga, Bentley a imaginé une application baptisée «Bentley Inspirator» permettant de configurer le véhicule à partir de l’analyse des émotions de son futur acheteur. L’application diffuse une vidéo interactive proposant différents scénarios qui évoluent en fonction des émotions ressenties grâce à une technologie permettant la reconnaissance de 34 expressions faciales.

Quant aux clients d’Uniqlo de Melbourne et Sydney, ils peuvent, eux, choisir leur T-shirt parmi les 600 proposés, grâce à un système capable de mesurer leur activité cérébrale à partir de leur réaction à diverses images et vidéos projetées sur un écran… Trois exemples qui viennent illustrer l’idée que la technologie peut servir à autre chose qu’à « spectaculariser » la consommation ou à « faire parler » les datas. Trois exemples qui viennent aussi annoncer, à leur manière, le prochain défi des marques : permettre à leurs clients d’accéder à une offre véritablement individualisée à partir d’une compréhension émotionnelle de leur personnalité. Une nouvelle manière de conduire au choix (moins rationnelle, plus ludique, plus instinctive) autant qu’une nouvelle expérience de marque.

Sans doute l’ultime étape d’une évolution qui, pour les enseignes, est allée de la connaissance de leurs clients à l’empathie en passant par la compréhension de leurs besoins et l’écoute de leurs désirs.

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