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Icônification

BILLETstansmith

Elles sont à tous les pieds. Ceux des collégiennes, sur-représentées, ceux des branchés, qui se demandent quand même si elles ne sont pas devenues un peu trop mainstream pour eux, sans oublier ceux des bourgeoises qui les portent avec leur manteau camel, so chic, so young. Les Stan Smith. Un cas marketing.

On reviendra un jour sur cette paire de chaussures à qui Roland Barthes aurait sûrement accordé une place dans ses Mythologies. Une paire de chaussures de sport « sur-banale », blanche, sans aucune affèteries, ni promesses de performance affichées, à peine une légende (qui connaît M. Stan Smith ?), vendues à un prix « acceptable » et positionnées comme « la touche de modernité cool » indispensable à toute silhouette. Voila de quoi plaire à toutes les populations, toutes classes, tous âges, toutes conditions, tous horizons, toutes ambitions.

On apprend aujourd’hui qu’une tannerie américaine, Horween Chicago Leather, s’est mise en tête de revisiter la « mythique » Stan Smith en lui offrant une nouvelle robe : avec des cuirs à tannage végétal de très grande qualité travaillés à la main. La chose est mise en vente depuis le 9 octobre dans les magasins Adidas. Le cuir provient d’une seule et même pièce et le logo est cousu en fil doré sur la languette et le talon. Des détails de conception précis et méticuleux. L’idée est audacieuse.

Pourquoi n’inspirerait-elle pas d’autres secteurs ? Imaginez des produits icôniques issus de la production industrielle reproduits par des artisans, le temps d’une collection éphémère. Un polo Lacoste tissé à la main, une Swatch assemblée manuellement par des horlogers suisses, mais aussi, pourquoi pas, un Petit beurre, un Toblerone ou un « simple » Panier de Yoplait reproduit par un chef et inscrit à sa carte. Une manière pour les produits concernés, d’attirer l’attention sur l’originalité de leurs formes et de leurs recettes, leur histoire, leur provenance et, finalement, sur leur désidérabilité.

Il ne s’agit pas de sous entendre que la version industrielle est de moindre qualité que la version artisanale (forcément), mais de souligner qu’elle est un modèle et donc, à sa façon, une « œuvre » unique. Là, réside sa valeur.

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