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La vie des autres

La vie des autres

Aller au cinéma peut offrir l’opportunité de mieux comprendre nos contemporains et leur manière de vivre. Une immersion en milieu inconnu. Une sorte d’étude ethno pour le prix d’une entrée. Prenez ainsi Doubles vies d’Olivier Assayas, actuellement sur les écrans. L’action se passe dans le milieu littéraire parisien. Comprenez, CSP+ d’obédience rive gauche. On y apprend autant sur son rapport à la modernité (le livre électronique va-t-il emporter le morceau ?) qu’à la table.

Dès les premières scènes, on comprend le pouvoir symbolique de cette dernière. L’éditeur invite un des écrivains de son écurie pour lui annoncer qu’il ne publiera pas son manuscrit. Malaise. Quand le premier commande un steak salade et de l’eau minérale, le second opte pour une « petite entrée », un plat et du vin. Le choc de deux mondes. Ce qui, pour l’un, relève de la seule fonction corporate (le repas comme réunion d’un genre particulier), est pour l’autre (encore) dans le domaine du plaisir et de la convivialité.

L’intuition que les repas étaient en pleine réinvention n’allait pas tarder à se confirmer. Car, dans ce petit monde, on se reçoit volontiers, histoire de se rassurer sur son existence et d’entretenir son cercle relationnel. Et là, que voit-on ? Que plus personne n’est à table, car dîner se résume à être assis près d’une cheminée qui crépite et à grignoter des bricoles achetées chez un traiteur griffé dont les boîtes trônent sur ce que l’on appelait, au siècle dernier, une table de salle à manger. Et lorsque l’on boit du vin, c’est toujours dans de très grands verres que l’on tient par en dessous comme dans les séries américaines. Great. Amazing. Oh my god ! Dans une des dernières scènes du film (chez l’éditeur, à Majorque, avec accès direct à la plage), une des invitées demande d’un air entendu : « les gâteaux, c’est pour aller avec le café ? ». Car bien sûr, chez ces gens là, on ne mange pas de dessert (trop risqué, trop bourgeois), on déguste un café avec des gâteaux. Nuance.

Il y a quinze ans, Thierry Ardisson reconstituait les dîners mondains sur petit écran en recevant chez lui des people de tous poils. Chacun avait sa place désignée, des chandeliers posés sur la table se chargeaient de l’ambiance et des laquais attendaient qu’on leur fasse signe pour servir. Dire que les temps ont changé est un euphémisme…

So What ?

Déstructurés, combinables, faciles à partager, potentiellement mangeables avec les doigts, les plats d’aujourd’hui doivent porter d’autres promesses que leurs origines, leurs recettes et leurs vertus diététiques pour s’imposer sur les non-tables…

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