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Les Zadistes de la nuit

Les Zadistes de la nuit

La semaine dernière se tenait la Paris Cocktail Académie au Ground Control, comme dans différents établissements sélectionnés de la capitale. Preuve que le cocktail est passé, en quelques années, du statut d’activité mondaine un peu décadente à celui de pratique culturelle générationnelle. Voilà qui vient créditer l’idée que lire ce qu’il se passe dans ce petit monde permet de mieux comprendre notre société.

Premier constat, là comme partout, la conscience verte et les actes responsables gagnent du terrain. Pour preuve, la chasse aux pailles, accusées de polluer notre belle planète. Il paraît qu’en France, chaque jour, 8,8 millions de pailles sont utilisées et jetées… Conséquence : des pailles en bambou ou encore en métal lavable font leur apparition dans les verres. Dans le même registre de conscience planétaire, on notera aussi la disparition des sous-bocks au profit de sous-verres et même l’existence de cocktails avec le moins de glaçons possible car, eux aussi, contribuent au réchauffement climatique. Passons sur les cocktails locaux à base d’ingrédients de saison ou issus de circuits courts, quand il ne s’agit pas d’herbes aromatiques du jardin. Si les cocktails continuent d’assurer la gueule de bois, la planète, elle, l’aura sans doute moins demain qu’hier. Bonne nouvelle.

L’analyse du monde de la mixologie ne serait pas complète sans un petit détour sémio. Quels sont les noms des bars parisiens du moment ? Trois familles sont observables. Celle pour qui boire un cocktail signifie militer. En faveur de la tradition, de la survie des alcools anciens, de la corporation des mixologues. Ces lieux se nomment Combat, La Commune, Le Syndicat. Il y a aussi la famille des speakeasy, celle qui, comme au bon vieux temps, joue la carte de la confidentialité pour se donner le frisson. Porte dérobée par ci, bar perché au premier étage d’un hôtel ou en haut de la Maison de la radio par là, caché dans un sous sol, quand ce n’est pas dans une crêperie. Le cocktail fait de la résistance. La troisième famille, la plus classique, est celle des bars d’hôtels, les lieux de l’origine, ceux où fantasme et réalité se rencontrent. Le point commun à ces trois familles étant de vouloir ralentir le temps.

Ne pas perdre les traditions, dissocier consommation et précipitation, éprouver le moment dans sa durée. Les amateurs de cocktails sont un peu les Zadistes de la nuit. Ceux qui refusent que la modernité vienne abimer leur monde. Les cocktails comme contre-culture. Voilà qui n’est sans doute pas étranger à leur succès.

So What ?

Au moment où tout semble être devenu accessible à tout le monde, donner le sentiment à ses consommateurs de participer à une contre-culture peut contribuer à créer un sentiment identitaire fort.

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