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L’arbre à miracles

Le Pavillon de l’Arsenal présentait récemment une exposition consacrée aux Champs-Élysées et plus particulièrement un projet de réaménagement de la « plus belle avenue du monde », dont l’objectif affiché était de redonner aux Parisiens l’envie de s’y rendre. Vaste ambition. Ils ne représentent en effet aujourd’hui qu’à peine 5% des promeneurs…

Pour y parvenir, l’architecte consulté par le puissant Comité des Champs-Élysées préconisait de mieux relier la partie haute, trop pleine (symbole, selon lui, du capitalisme marchand, de l’économie libérale et du tourisme de masse) et la partie basse, trop vide, dominée par des jardins peu fréquentés. Il préconisait pour cela trois actions. Agir sur la pollution en réduisant de six à quatre le nombre de voies, en plantant des arbres et en piétonnisant une partie de la place de la Concorde. Développer des activités (artistiques, culinaires, sportives) dans les jardins du bas. Et requalifier les abords de l’avenue, soit essentiellement le pourtour de la Place de l’Etoile et les arrivées du Pont Alexandre III. Résultat : un paysage allégé de la présence automobile où les humains évolueraient entre pistes cyclables, rooftops aménagés et terrasses arborées. Un avant-goût de paradis.

Les esprits critiques ne pourront cependant s’empêcher de relever l’absence criante de toute réflexion sur le commerce. Car ce qu’ont (aussi) perdu les Champs-Elysées, c’est leur vie locale. Et ce ne sont, ni La Brioche Dorée, ni Nike ni LVMH qui, seuls, vont permettre de la réanimer… Elle a pourtant existé cette vie de Parisiens des Champs-Elysées, qui se retrouvaient au Drugstore, fréquentaient ses cinémas et ses restaurants… Comment pourrait-elle revenir, sans pour autant tenter de reconstituer le passé ? Ce projet n’apporte qu’une réponse hédoniste et vient confirmer la toute puissance fantasmatique des arbres et de la piétonisation comme remèdes à nos maux urbains. Comme si le commerce ne pouvait pas incarner une solution pour revitaliser un quartier. Comme si multiplier les espaces verts, les terrasses et les food-markets suffisait pour recréer du lien. Comme si, finalement, la question du commerce était déjà résolue par la simple présence des enseignes worldwide qui habitent sur l’avenue. Or le commerce n’est pas une addition d’enseignes, mais une addition de moments de vies. En dépit des apparences, il a donc totalement disparu des Champs-Elysées.

So What ?

Le commerce n’est pas qu’un pourvoyeur de produits et de services. Il est aussi créateur de liens et vecteur de proximité. Les enseignes internationales l’ont-elles vraiment compris ?

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